Le corps comme variable d’ajustement

Quand le budget manque, la santé et l’alimentation passent après le loyer. Une réalité qui creuse les inégalités dès l’entrée dans l’enseignement supérieur.  

« La santé est une variable d’ajustement dans le budget des étudiants, comme le sont l’alimentation et le transport. »

37,5%

31%

36,5%

des étudiants manifestent des symptômes de détresse psychologique

ont renoncé à des soins  médicaux depuis la rentrée

citent le manque de moyens financiers  comme raison du renoncement

L’état du corps n’est jamais uniquement biologique : il est aussi social. Pour l’étudiant précaire, loyer, transports et frais de scolarité sont incompressibles — la santé et l’alimentation deviennent négociables.

1.Une détresse qui ne régresse pas

La crise sanitaire a révélé une fragilité latente. En 2021, 54,5 % des étudiants s’estimaient en mauvaise santé psychologique — contre 20 % en 2017. En 2024, le chiffre retombe à 33 %, mais reste bien au-dessus des niveaux d’avant-crise.

Les femmes et les étudiants des classes populaires concentrent les indicateurs les plus alarmants : 45,5 % des étudiantes présentent des signes de détresse, contre 26 % des hommes. L’isolement résidentiel amplifie tout.


26,5% se sentent souvent tristes et abattus

56,5% se disent souvent ou en permanence  épuisés

2.Renoncement aux soins selon l’origine sociale

En 2024, 31 % des étudiants déclarent avoir renoncé à des soins depuis la rentrée. Ce taux monte à 42 % chez les étudiants des classes populaires — et à 41 % chez les décohabitants, privés du filet protecteur familial.

3.Quels soins abandonne-t-on ?

Médecin généraliste

Beaucoup de décohabitants n’ont plus de médecin traitant déclaré. Délais trop longs, praticiens en zone tendue, coût des dépassements : consulter devient un parcours du combattant.

Psychologue

Paradoxe flagrant : 37,5 % des étudiants sont en détresse, mais seulement 8 % ont consulté un psychologue au SSE. Coût, stigmate, manque de disponibilités — les obstacles sont multiples.

Dentiste

Mal remboursés, coûteux même avec une mutuelle : les soins dentaires sont parmi les premiers sacrifiés. Un soin préventif différé peut devenir une urgence beaucoup plus chère.

« La santé est une variable d’ajustement dans le budget des étudiants, comme le sont également l’alimentation et le transport. »

9,5% estiment avoir une alimentation mauvaise ou très mauvaise — deux fois moins qu’en 2021

4.Manger équilibré : une question de budget

39% jugent leur alimentation seulement « moyenne »

Les étudiants des classes populaires et les décohabitants sont les plus nombreux à déclarer une mauvaise alimentation. Quand chaque euro compte, les produits ultra-transformés remplacent le frais — pas par choix, mais par contrainte.

Les banques alimentaires étudiantes, initialement pensées comme des filets de sécurité d’urgence, sont devenues pour certains un recours ordinaire. Leur fréquentation ne cesse d’augmenter depuis 2020.

Sources & Pour aller plus loin

Enquête Santé Étudiants 2024 — Universités de Rennes & Rennes 2 (OSIPE / OPEIP)
soie.univ-rennes.fr

OVE — Bien-être et Santé, Repères 2024 — Observatoire de la Vie Étudiante
ove-national.education.fr (PDF)

Qualité nutritionnelle des produits alimentaires — CERIN
cerin.org (PDF)

Santé des étudiants — Observatoire 2020 — UNPS
unps.fr (PDF)

Revue Française des Affaires Sociales, 2025 — Cairn.info
shs.cairn.info