76%
des étudiants aidés par une association alimentaire ont moins de 100 € de reste à vivre après loyer
36%
sautent régulièrement un repas faute d’argent. C’est 7 points de plus que la moyenne nationale
60%
des bénéficiaires d’aide alimentaire étudiante ne perçoivent aucune bourse sur critères sociaux
À propos de cette enquête
La précarité étudiante, un phénomène structurel et non conjoncturel
Contrairement aux idées reçues, la précarité étudiante en France ne concerne pas uniquement les boursiers. Plus de 60 % des étudiants qui bénéficient d’une aide alimentaire ne reçoivent aucune bourse sur critères sociaux. Cette enquête croise les données des associations d’aide étudiante (Linkee, COP1), les rapports de l’UNEF, de la FAGE et de l’INSEE pour dresser un tableau chiffré et sociologique de la vie étudiante entre 2022 et 2025. L’objectif : montrer que le coût des études est aujourd’hui un filtre social qui reproduit les inégalités d’origine, avant même les résultats académiques.
Ce que révèlent les chiffres de la précarité
L’analyse des postes de dépense, croisée avec les données sur l’origine sociale, met en lumière six dimensions fondamentales des inégalités étudiantes en France.
Logement
Le logement représente 45 % du budget étudiant. Seuls 21 % des étudiants ont accès à un logement CROUS (395 €/mois), contre 975 € en moyenne à Paris sur le marché privé. L’écart Paris/province atteint 325 €/mois.
Alimentation
36 % des étudiants sautent régulièrement un repas — 7 points de plus que la moyenne nationale. L’inflation alimentaire de +21 % en 3 ans a amplifié cette précarité. Le budget moyen alimentation est de 210 €/mois.
Temps de travail
Pour boucler leur budget, 45 % des étudiants travaillent en parallèle des études, dont 20 % plus de 16 heures par semaine. Ce temps de travail contraint dégrade directement les résultats académiques et l’accès aux stages.
Energie
La facture énergétique moyenne a bondi de +22 % entre 2022 et 2025. Elle représente désormais 75 €/mois pour un étudiant en logement indépendant, soit 6 % du budget — un poste souvent invisible mais en forte hausse.
Accès aux aides
60 % des étudiants aidés par des associations alimentaires ne bénéficient d’aucune bourse. Le non-recours aux aides reste massif : 30 % des étudiants éligibles à la bourse ne la demandent pas, faute d’information ou par honte sociale.
Reproduction sociale
Les étudiants dont les parents ne peuvent pas aider financièrement subissent un double désavantage : un reste à vivre plus faible et moins de temps pour étudier. Le coût des études amplifie les inégalités d’origine, théorisées par Bourdieu.
Analyse · Budget
Le budget type d’un étudiant boursier
Un étudiant boursier dispose en moyenne de 800 à 900 €/mois, aides comprises. La répartition de ce budget révèle une réalité implacable : après le loyer et les charges, il ne reste souvent qu’une infime marge pour se nourrir, étudier et vivre.
Logement · 45 %
Premier poste, il écrase tout le reste. En province, il laisse 440 € pour tout le reste. À Paris, moins de 250 €.
Alimentation · 17 %
Soit 136 € par mois, ou 4,50 € par jour. Ce budget contraint oblige à des arbitrages nutritionnels défavorables à la santé.
Énergie & transport · 13 %
Des postes en forte hausse qui mangent progressivement la part dédiée aux études et aux loisirs.
Reste à vivre · 10 %
76 % des étudiants aidés disposent de moins de 100 € après loyer — soit 3,33 € par jour pour tout gérer.
Témoignages d’étudiants
Ce que vivent concrètement ceux qui font face à la précarité au quotidien :
« Je mange des pâtes cinq soirs par semaine. J’ai arrêté de compter les fois où j’ai sauté le déjeuner pour financer mon abonnement de transport. Les cours du matin sont devenus un luxe quand on n’a pas dormi à cause du stress financier. »
Lucie, 21 ans
BTS Comptabilité · Lyon
« Je travaille 20 heures par semaine en caisse. Je rate des TD, je rends des devoirs en retard. Mon prof m’a dit que je manquais de sérieux. Il ne sait pas que je rentre à 23h30 le mercredi. Ce n’est pas un manque de sérieux, c’est un manque d’argent. »
Kévin, 23 ans
Licence Histoire · Nantes
« Mes parents envoient 800 € par mois. Après mon loyer de 620 € à Paris, il me reste 180 €. Pour tout. Le reste à charge de ma mutuelle, le ticket de métro, la nourriture. J’ai honte d’aller à la banque alimentaire mais j’y vais. »
Amina, 20 ans
L1 Droit · Paris
« J’ai refusé un stage non rémunéré de six mois dans une boîte de comm’ que je rêvais d’intégrer. Je ne pouvais pas me permettre de ne pas gagner d’argent pendant six mois. Mon camarade de promo, lui, a pu y aller. Il a été embauché après. »
Thomas, 24 ans
Master Communication · Bordeaux
Bonjour à toutes et à tous, Dans le cadre du développement de notre site internet, nous souhaitons mieux comprendre votre quotidien et la réalité de votre vie étudiante. Ce questionnaire ne vous prendra que quelques minutes, mais vos réponses nous seront précieuses pour enrichir notre enquête et proposer des contenus au plus proche de vos besoins. Vos réponses sont totalement anonymes. Un grand merci pour votre temps et votre contribution !
Sources & Pour aller plus loin
Enquête Santé Étudiants 2024 — Universités de Rennes & Rennes 2 (OSIPE / OPEIP)
OVE — Bien-être et Santé, Repères 2024 — Observatoire de la Vie Étudiante
ove-national.education.fr (PDF)
Qualité nutritionnelle des produits alimentaires — CERIN
Santé des étudiants — Observatoire 2020 — UNPS
Revue Française des Affaires Sociales, 2025 — Cairn.info
Précarité étudiante — Le Progrès, 2019 — Le Progrès